Laure CREN répond à deux questions

Comment avez-vous évolué dans votre parcours professionnel ?

CRENEn 2003, n’étant que depuis 4 ans dans l’enseignement et ayant surtout eu des classes de CM, on m’a confié une classe de CP. Bien entendu, je n’avais jamais appris à apprendre à lire. La méthode Abracadalire étant celle qui était à la mode à l’époque, je m’y suis mise. Etiquettes de couleur pour reconnaître les mots, silhouettes de mots, formulation d’hypothèses pour découvrir le sens d’un texte dont les élèves n’étaient pas capables de décoder ne serait-ce que quelques mots… J’ai plongé sans aucune arrière pensée ni sans aucun a priori dans cette pédagogie. On m’avait juste dit de bien préciser au cours de la réunion de parents que cette méthode fonctionnait et qu’il ne s’agissait pas d’une méthode globale…

Je ne me méfiais de rien, je me souviens juste que quelques enfants savaient déjà lire parce que leurs parents le leur avaient appris avec la méthode Boscher pendant l’été précédant le CP. Comme tout le monde je trouvais cela « ringard » voire inutile puisque j’étais là pour faire le travail.

Pendant deux ans j’ai travaillé de cette façon. Je souffrais beaucoup parce que certains élèves ne démarraient pas du tout la lecture, même en février date à laquelle tout est sensé se débloquer comme par magie. Mais surtout je voyais certains de mes élèves souffrir. Les leçons de lecture les angoissaient et les stressaient. Ils les appréhendaient tout autant que moi. On me rassurait alors en me disant que ces élèves n’avaient pas de « projet de lecteur » et qu’ils avaient deux ans pour apprendre à lire… L’année suivante, je me suis mise à mi-temps et ai laissé la lecture à la personne qui travaillait avec moi : un comble pour une titulaire ! Je me trouvais mauvaise enseignante et incapable d’apprendre à lire. Jusqu’au jour où je suis tombée sur le livre de Marc Le Bris « Vos enfants ne sauront pas lire… ni compter ». Ce fut pour moi une libération ! J’avais abimé des élèves, je ne l’oublierai jamais, mais ce n’était peut-être pas moi qui était mauvaise mais la méthode que j’utilisais ! Dès l’année suivante je repris l’enseignement de la lecture avec une méthode alphabétique. Quel chamboulement ! Quel plaisir d’apprendre à lire à des petits élèves qui lisaient chaque jour de mieux en mieux, sous mon regard émerveillée, sans aucune appréhension et avec une facilité déconcertante ! Et je n’avais pourtant pas l’impression d’être « ringarde » !

Mes élèves étaient détendus, avides de progresser, je venais à l’école le cœur léger et les parents ne venaient plus me voir en me parlant de méthode globale, semi-globale, mixte… Mon travail était devenu progressif, structuré et motivant !

Si vous deviez retenir deux ou trois pratiques essentielles pour fonder un enseignement efficace au CP, quelles seraient-elles ?

Il me paraît essentiel que les élèves écrivent beaucoup. On apprend à lire en écrivant. Je leur donne donc une dictée sur l’ardoise et sur le cahier tous les jours. Les méthodes phonomimiques (Borel Maisonny ou Jean Qui Rit) sont d’une grande aide pour les enfants qui ont tendance à confondre certains sons en lisant et certaines lettres en écrivant. Les erreurs de lecture ou d’écriture sont alors rares. Inutile de préciser qu’ils n’écrivent jamais un mot qu’ils ne peuvent décoder.

Je leur apprends aussi à écrire : à tenir correctement leur crayon, à former les lettres, à les lier entre elles. Tous les jours nous faisons de l’écriture. Leurs cahiers sont beaux et soignés.

La copie est aussi très importante pour stimuler la concentration des élèves et les aider à apprendre l’orthographe.

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