• Apprendre à bien parler, bien lire, bien écrire, suppose des préalables :

– discrimination des sons de la langue parlée, prononciation correcte, élocution claire
– déchiffrage ou décodage de l’écrit, calligraphie

 

• Lorsque ces techniques sont suffisamment automatisées, l’élève aborde un domaine illimité, car la parole, la lecture, l’écriture, sont dominés par la pensée, pensée logique, symbolique, intuitive, sensible.

Bien parler, lire, écrire, avec profit pour soi-même et pour les autres, suppose une pensée consciente, élaborée au prix d’un effort de volonté.

Ainsi, de la différence entre voir et observer :  les yeux ouverts, on voit toujours quelque chose ; mais, pour observer, il faut le faire méthodiquement, en mettant en jeu ses propres savoirs.

 

• Ayant pris conscience de ce que l’on veut dire, il faut le traduire en paroles. On est alors dépendant du degré de maîtrise de sa langue ; parfois « on ne trouve pas les mots pour le dire ».

Boileau affirme que :

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement
et les mots pour le dirent arrivent aisément »

C’est vrai si l’on maîtrise la langue. Peut-être aussi l’effort pour énoncer clairement est-il nécesaire pour bien concevoir ?

 

Pour bien lire, avec profit, ayant fait l’effort de comprendre ce qu’a voulu dire l’auteur, ce qui dépend des savoirs du lecteur, il faut ensuite assimiler, enrichir sa propre pensée par une sorte de dialogue avec l’auteur.

 

• On peut penser à haute voix. Mais il est certain que la pensée consciente passe souvent par la parole intérieure, en se parlant à soi-même, ou en dialogant avec un interlocuteur absent.

La pensée consciente est à l’opposé de la pensée automatique ou réflexe : parler en répétant ce que l’on vient d’entendre, ou en répétant des expressions toutes faites que l’on a en mémoire. Chacun sait que l’on peut lire sans penser à ce qu’on lit, qu’on peut écrire sans penser à ce que l’on écrit : les élèves et les étudiants qui copient intégralement ce que dit le professeur écrivent automatiquement, en remettant à plus tard la lecture et la compréhension de ce qu’ils écrivent.

D’ailleurs, s’ils pensaient consciemment lorsque le professer parle, ils ne pourraient pas tout écrire et seraient obligés de choisir ce qu’ils veulent noter.

 

Peut-on enseigner à bien penser ?

• Pour éveiller, élever, éduquer la pensée, il faut savoir ce que l’élève pense.

Pour cela, il faut qu’il parle ou qu’il écrive. C’est aussi par la médiation de la parole et  de l’écrit que l’on peut enseigner à penser.

La priorité revient à la parole : entre la naissances et six ou sept ans, il faut parler à l’enfant et le faire parler. Les pratiques sont connues, par lesquelles on développe les aptitudes verbales, l’expression en français simple mais correcte, la conscience de soi-même, des autres, de ce qui nous entoure, la pensée consciente et la parole intértieure.

Tous les parents n’ont pas les mêmes capacités et disponibilités à cet égard, ce qui creuse les inégalités entre les enfants.

Dans l’intérêt collectif, c’est la crèche et la maternelle qui devraient prendre le relais, mais nous sommes encore très loin du compte.

 

• A partir du CP, et jusqu’à l’enseignement supérieur, la maîtrise de la langue parlée et écrite devrait s’affiner, à des degrés divers selon les motivations et capacités de chacun. L’enseignement des mathématiques développe les capacités de raisonnement logique. Tous les savoirs, y compris les acquisitions dans les disciplines non académiques, renforcent l’aptitude à penser par soi-même. Les travaux manuels, l’intelligence de la main, y contribuent aussi.

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